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Une expérience pédagogique québécoise

par Charlotte Héau

En 2007 j’ai quitté la France pour aller vivre au Québec à Montréal. Je venais de terminer mes études au conservatoire. J’avais alors mon DE de professeur de flûte, un master en musicologie, une formation d’animation en éveil musical de l’ADEM et quelques années d’expérience en tant qu’animatrice en éveil musical dans plusieurs structures privées.
Mon but était donc de continuer mon activité en trouvant du travail dans l’animation musicale. Après avoir validé les équivalences de diplôme, j’ai commencé à regarder les possibilités d’emploi dans ce secteur en cherchant dans le système scolaire et dans les écoles de musique privées. Et je me suis aperçu que le système de l’enseignement musical est différent du système français de même que le système scolaire en général.

Le système scolaire québécois et l’enseignement de la musique

Pour commencer les enfants n’entrent pas à l’école maternelle à 3 ans. Ils vont à la garderie à partir de 8 mois jusqu’à 5 ans (le congé de maternité étant de 1 an, les parents n’ont pas besoin de mettre leurs enfants en crèche tôt). Les garderies sont supervisées par l’état et suivent un programme éducatif destiné à préparer les enfants à l’entrée en primaire dès l’âge de 6 ans. La musique dans les garderies n’est pas officiellement enseignée. Chaque installation est libre de faire appel à des intervenants extérieurs ou non (ceci est valable pour différentes matières comme la gymnastique, l’éveil à la lecture, la danse, etc.) Les éducateurs ont une formation générale où la musique n’a aucune place mais la plupart font un peu d’éveil en chantant avec les enfants.
A partir de 5 ans les enfants peuvent entrer en maternelle pour un an mais ceci est facultatif. L’enseignement de la musique est à l’appréciation de chaque école comme pour les garderies.
L’école primaire est suivie de 6 ans à 14 ans. Les enfants y étudient les matières générales comme c’est le cas au primaire et au collège en France. L’enseignement de la musique est d’une à deux heures par semaine. Elle est enseignée par un professeur de musique diplômé de l’université. Le but est alors de donner des notions de base (le niveau demandé à la fin étant relativement bas). L’enseignement se fait principalement selon la méthode Orff et un peu selon Kodaly.
A partir de 15 ans les enfants entrent au secondaire où ils choisissent une spécialisation. La musique est une des nombreuses spécialisations possibles et c’est là que commence la formation pour quelqu’un qui voudrait faire des études musicales poussées à l’université (toutes les études supérieures se font dans les universités sur le modèle des États-Unis).
En dehors du système scolaire les enfants ont accès à la musique dans les écoles privées et par les cours à domicile. Dans ce cas les animations peuvent être très diverses et dépendent beaucoup des animateurs et de la direction des structures. Il y a également des conservatoires mais ils sont peu nombreux (seulement un par grande ville) et n’ont pas « l’exclusivité » de la formation musicale comme c’est le cas en France.

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Mon travail

Depuis janvier 2008 je travaille pour Les Ateliers de la Muse. Cette entreprise privée emploie des animateurs en éveil pour animer divers ateliers dans les garderies pour des enfants 0 à 5 ans. Elle propose des ateliers d’éveil musical, d’éveil aux sciences et d’éveil aux différentes formes d’art autour d’un thème. Les animateurs sont contractuels et sont placés dans différentes installations le plus souvent pour des sessions de dix à treize semaines.
Les ateliers ont tous été crées d’avance par la directrice (et animatrice) et son équipe. De cette manière elle s’assure de l’uniformité de l’éveil donné par les animateurs. En musique ils sont regroupés en six volumes de quinze ateliers « petits » (18 mois - 2 ans) et de quinze ateliers « grands » (2 ans et plus) et en deux volumes « poupons » (moins de 18 mois). Chaque volume représente une session d’animation. Les six volumes sont conçus de façon à suivre l’évolution des enfants de 0 à 5 ans soit tout le temps de la garderie. Les animateurs doivent suivre ces ateliers tout en étant libres de les faire à leur manière.
En plus des sessions il y a régulièrement des spectacles créés pour l’occasion autour d’un conte musical. Ils sont montés au cours des animations et reprennent les notions vues pendant les sessions. Il y a également des ateliers dits « spéciaux », c’est-à-dire une animation unique autour d’un thème pour les fêtes occasionnelles comme les anniversaires.
Le principe de tous les ateliers est de découvrir différentes notions musicales par le jeu et en les expérimentant à chaque fois de différentes façons : avec des instruments, vocalement, corporellement, graphiquement, etc. Donc chaque atelier permet de travailler sur une notion particulière (pulsation, vitesse, nuances…) autour d’un thème précis (les abeilles, l’hiver…). Ces thèmes sont conçus pour suivre le programme éducatif des garderies et s’inscrivent dans un but de développement global de l’enfant. Ainsi en parallèle des notions musicales on insiste sur la socialisation, le développement moteur et de la motricité fine, le développement du langage, etc. Ceci permet que les ateliers s’insèrent dans un projet pédagogique plus vaste. Par exemple une garderie qui travaille sur l’expression des émotions pourra demander un atelier sur ce thème où les différentes émotions (joie, tristesse, colère et peur) seront explorées musicalement par l’écoute, le jeu instrumental, le mime et la danse.
Parallèlement je travaille dans une école de musique privée où j’anime des ateliers d’éveil pour des enfants de 2 à 5 ans. Ce travail est différent de celui pour Les Ateliers de la Muse mais complémentaire car je suis la seule animatrice en éveil et j’ai le choix pour toutes mes animations. Donc je crée les ateliers au fur et à mesure en fonction de l’évolution des enfants. Une autre différence est que les enfants viennent sur une base volontaire et leur apprentissage de la musique ne s’inscrit pas dans le cadre d’un projet pédagogique en garderie. Ce qui n’empêche en rien de travailler en même temps sur la musique et sur le développement global.

Différence avec La France

Le travail d’animateur en éveil musical n’est pas si différent au Québec qu’en France. Ce qui change le plus est le contexte d’enseignement que je viens de décrire. En effet le travail en garderie implique plusieurs éléments à prendre en compte. D’abord les groupes sont déjà constitués, les enfants se connaissent souvent depuis leur entrée en garderie. Grâce à cela la dynamique de groupe est déjà installée avec son fonctionnement propre. En tant qu’animatrice extérieure je dois vite saisir cette dynamique pour mieux m’y adapter. Mais l’avantage est que l’on peut aller plus loin dans les jeux de groupe qui demandent une bonne connivence.
Ensuite les groupes sont dirigés par des éducateurs (éducatrices) qui doivent être présents pendant les animations. Chacun d’entre eux réagit différemment : certains aiment participer, d’autres préfèrent observer, d’autres aiment prendre parti à l’animation, etc. Il faut donc prendre en compte la personnalité de chacun afin d’apprendre à collaborer avec les éducateurs qui travaillent avec les enfants tout au long de l’année.
Il faut également comprendre que chaque garderie a son fonctionnement propre et des attentes différentes des animations d’éveil musical. Certains attendent un vrai apprentissage avec des « résultats ». D’autres au contraire mettent l’accent sur le divertissement. Certains demandent un spectacle soigné et veulent une vraie représentation. Encore une fois, il n’est pas difficile de s’ajuster mais il faut prendre en compte les attentes de chacun afin de faire un travail adapté.
En dehors du contexte, la plus grande différence est que je dois suivre des ateliers créés auparavant. Avant de commencer j’avais peur d’avoir des difficultés à animer des ateliers que je n’avais pas conçus ni même pensés moi-même. Mais cette crainte n’était pas fondée car je me les suis rapidement appropriées en trouvant ma façon de faire chaque activité. La solution est donc de voir ces ateliers comme un cadre de travail dans lequel il est possible d'insérer notre pratique. Il y a même des avantages à cette façon de faire. Le premier est que de refaire plusieurs fois chaque atelier me permet de chercher à chaque fois une meilleure façon de proposer chaque activité en fonction de mes expériences précedentes. Ainsi je connais assez bien chaque atelier pour l’adapter au mieux à chaque situation. Le deuxième avantage est que la préparation des ateliers est de plus en plus rapide.
Enfin il y a quelques différences minimes par rapport à l’animation en France liées à la culture du pays. Ceci se traduit principalement par la façon de parler aux enfants. Par exemple on ne doit par appeler le groupe « les enfants » mais « les amis ». Dans toutes les garderies on utilise ce terme car les « enfants » est considéré comme étant péjoratif et rabaissant. Ainsi la première fois que j’ai animé à Montréal, lorsque je me suis adressée au groupe en disant « les enfants », une petite fille m’a tout de suite dit « On n’est pas des enfants, on est des amis ! ». Je me suis donc vite adaptée et maintenant je parle au groupe en disant « les copains » ou en les appellant par le nom de leur groupe à la garderie (les papillons, les petits sorciers….).
Un autre exemple est le tutoiement collectif. Ici il est conseillé de parler à un groupe d’enfants en utilisant le tutoiement et non le vovoiement collectif de façon à ce que chaque enfant ait l’impression qu’on s’adresse à lui personnellement. Ainsi on dira « bonjour les amis, comment vas-tu aujourd’hui » ? Même si cette façon de faire ne me paraît pas forcément pertinente, je m’y suis habituée et maintenant cela est vraiment devenu naturel.

Pour conclure

Je dirai que mon expérience québéquoise est tout à fait positive. En trouvant ce travail j’ai retrouvé ce que j’aimais faire en France avec les jeunes enfants. Et même s’il y a quelques différences, le but de l’éveil musical reste le même : développer les connaissances musicales des enfants tout en s’amusant.
La photo d’accueil représente une sculpture de métal recyclé faite par les enfants. Dans le cadre d'un atelier d’éveil aux arts sur le thème de l'espace, les enfants ont fait 4 ateliers: un atelier conte musical sur Le petit prince, un atelier danse en abordant le "gum boots", un atelier de théâtre de marionnettes avec des extraterrestres et donc un atelier de sculpture où on demandait au groupe de créer leur extraterrestre avec des pièces de métal recyclé. La photo est le résultat de cet atelier de sculpture.

Liens : ateliersdelamuse

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