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Une expérience de travail
musique et arts plastiques autour de Kandinsky

Emma Benlaïdi et Cristina Agosti-Gherban

(les images qui illustrent cette expérience proviennent du spectacle et non pas de la préparation de celui-ci, détaillée par le texte suivant)

Vous pouvez lire à la fin de ce texte le témoignage d'une stagiaire à propos d'une des séances.

Dans le cadre du partenariat entre l’Education Nationale et le Conservatoire à Rayonnement départemental du Blanc Mesnil (93), des projets sont élaborés entre des instituteurs et des professeurs d’éveil musical et de danse du CRD. Ce travail qui a lieu depuis 27 ans a évolué au fil des années. Actuellement les enseignants désireux d’avoir un intervenant musicien ou danseur s’inscrivent en amont à 4 séances de formation (deux musique, deux danse) assurées par des professeurs de l’école. A la suite, ils déterminent dans quel axe ils voudraient des interventions (musique, danse, ou les deux, auquel cas ils peuvent bénéficier d’une coanimation)Cette année, un des thèmes de travail choisi par une enseignante de CE1 a été « Musique et arts plastiques ».

A partir du tableau « Jaune, rouge, bleu » de Kandinsky, les objectifs ont été :

  • Mise en rythme, en son, en musique de cette œuvre plastique
  • Créer un environnement sonore, musical et textuel.
  • Inventer un poème en vers ou en prose à partir du vocabulaire inspiré par le tableau.

Pistes possibles :

  • Chercher du vocabulaire relatif au tableau : titre, lignes, éléments figuratifs, formes, couleurs
  • Chercher des percussions corporelles, rythmes vocaux, percussions instrumentales
  • Exploration des instruments, de la voix, des sons longs, brefs, etc...
  • Lecture linéaire du tableau ou en le divisant en quatre parties…
  • L’illustrer par le son et la mise en espace (déplacement concomitant)

Événements prévus en lien avec le projet

  • Sortie au musée BEAUBOURG (Le compte rendu de cette sortie est donné plus loin)
  • Représentation dans le cadre des rencontres musique et danse au FORUM de Blanc Mesnil en juin lors du festival Faim de saison

Déroulement du projet

Séance 1 (en classe, sans l’intervenant)

Après avoir nommé le tableau et l’artiste, avant même de parler du tableau, laisser observer par groupes de 4 ou 5 élèves, avec la consigne de dessiner chacun à son tour les « lignes » du tableau identifiées par le groupe. Continuer si nécessaire une autre séance.

Séance 2

Sans revenir sur le titre et l’artiste, parler de ce que l’on voit, de ce que ça nous inspire collectivement et noter les propositions des enfants exactement comme cela a été dit y compris les remarques en onomatopées…

Phrases des enfants

On dirait qu’il y a une lune
On dirait qu’il y a un serpent
On dirait qu’il y a un chat
On dirait qu’il y a un drapeau
On dirait qu’il y a un camion de pompiers
On dirait qu’il y a un accident
On dirait qu’il y a un soleil
On dirait qu’il y a des dents de vampire
On dirait qu’il y a un arc en ciel à deux couleurs
On dirait qu’il y a une porte
On dirait qu’il y a un bonhomme
On dirait qu’il y a des morceaux
On dirait qu’il y a un pontÇa ressemble à un hélicoptère
Ça ressemble un peu à une bête
Ça ressemble à une voiture
Ça ressemble à une caravane
Ça ressemble à une pouleAh ouais !
T’as pas tort !

Séance 3
(I) avec Cristina (l’intervenante)

La séance se déroule dans une salle d’une annexe du Conservatoire, proche de l’école. Les enfants peuvent venir à pied.Exploration des instruments
Prise de contact. Certains jouent d’un instrument… Discussion
Exploration de la voix, produire un son avec la gorge, la langue, les cordes vocales. Changer de mode (langue, gorge, voix) en fonction d’un geste du chef d’orchestre.
Respecter les signes :

• mains ouvertes : jouer / mains fermées : silence
• mains baissées : doux / mains levées : fort.

Découverte des instruments mis à disposition : tambourins, lames sonores, claves, güiros, grenouilles, sifflets à coulisse ; 1 instrument par enfant.
Exploration par groupes d’instruments.
Collectivement : travail sur l’écoute, l’intensité.Je joue fort, je joue doucement, je cesse de jouer en respectant le signe des mains.
Echange des instruments, variation des dispositifs, on joue tous ensemble ou à tour de rôle, idem pour les silences.

Séance 4

Revenir sur le tableau, son titre, son auteur.
Redonner le tableau aux enfants et les laisser de nouveau s’exprimer tout en notant leurs propos le plus fidèlement possible.
Improviser un geste, une forme physiquement en fonction de ce que l’on voit, faire deviner aux autres ce que l’on décrit dans l’espace. Faire reproduire aux autres.
Improviser un son, une onomatopée en fonction de ce que l’on voit, faire deviner aux autres ce que l’on désigne par ce « signal vocal ». Faire reproduire aux autres.

Séance 5
(II) avec Cristina

Évocation du tableau de Kandinsky.

En cercle
Sur les « On dirait qu’il y a » :
Le dire de différentes façons tous ensemble, puis en se chevauchant ou libres, fort, doucement, comme si on était triste, content, fatigué, etc.Puis sur « les choses observées », dire de différentes façons :

- Une lune, en dessinant un cercle
- Un serpent, avec un geste en chuintant le mot
- Un chat, en miaulant le mot
- Un drapeau, d’un ton très affirmé

Chercher un « frappé » pour « On dirait qu’il y a »

  1 2 3   1 2
  M M M   M M

partition

Avec les instruments ils essayent d’illustrer:

- La lune : par 3 avec le chandelier (instrument Baschet composé de grandes tiges en métal): explorer et faire résonner doucement.

kandinsky kandinsky

kandinsky kandinsky

>- Le serpent : par 7 avec les tuyaux harmoniques : faire résonner en tournoyant dans l’espace.

- Le chat qui griffe : groupe entier avec des tambourins, güiros, djembés, tuyaux harmoniques frottés. Tous ensemble puis par groupes d’instruments. Déplacements pour changer d’instrument.

Séance 6

Dessin individuel sur petit format (A5) du tableau de Kandinsky avec les outils au choix (sauf peinture), feutres, crayons, (pastels plus tard)…
Projet de mosaïque/kaléidoscope…

Séance 7
(III) avec Cristina

Point et rappel de la séance précédente.Expérimentation avec les crécelles pour « un drapeau » :

UN

dit pas tous
les 2 syllabes

DRA - PEAU

tous + crécelles sur les 2 syllabes

Reprise des « On dirait qu’il y a »

kandnsky - Sur différentes intonations et voix
- En se déplaçant
- Tous puis en 2 groupes en marquant des pauses de 5’ : on dit, on s’arrête, on repart de façon autonome, en essayant de ne pas être ensemble, pour créer un tissu sonore. (Variante : les élèves sont immobiles et se déplacent dès que le meneur leur touche la tête).
- En faisant des petits sauts sur les « qu’il y a »
- Sans se déplacer sur le « on dirait » en modulant sa voix sur place. Possibilité de bouger le corps, bras, mains
- Varier les sauts : côté, ½ tour, dos
- Mêler les deux modes : déplacement 1 / déplacement 2 .

kandnsky kandnsky

Reprise des gestes + sons de LUNE//SERPENT//CHAT

Séance 8

Suite du dessin d’après la reproduction de Kandinsky (voir séance 6)

Séance 9
(IV) avec Cristina

- Rappel de la séance précédente
- Désigner les « motifs » restants sur le tableau
- Idée de partition vocale

Au tableau:

 

tableau

on dirait on dirait on dirait on dirait

qu'il y a (écrit droit ou en vagues)

lune serpent chat (écrit en vagues)

Les enfants proposent des interprétations différentes de l’écriture musicale
Explication/précision de la raison pour laquelle l’écriture est « en vague » Pour que la voix fasse aussi des vagues.

Lecture musicale avec Cristina :
Groupe 1 (8 enfants) commence en modulant la voix mais en gardant le rythme
(comme un ostinato)

  I II   I II   I II    
  On dirait   On dirait   On dirait   etc...

 

partition

Groupe 2 (4 élèves) dit « qu’il y a » pas nécessairement en même temps, avec des interruptions et sur place

Groupe 3 « Motifs »

2 « serpent »           2 « lune »             2 « chat »               2 « drapeau »

Reprise des modes « gestes et sons » (voir séance 5)

Séparés pour ne pas faire toujours au même moment avec déplacements et arrêts 5’

Variantekandinsky

- On commence par les « motifs ». Avec même consigne et déplacements + arrêts 5’
- « qu’il y a »
- On dirait « crescendo »

Variante

- « qu’il y a » en marchant
- « on dirait » en marchant en rythme

Séance 10

kandinsky Dans le préau
5 groupes de 4 ou 5 élèves
Chaque groupe dispose de la reproduction de « Jaune, rouge, bleu »
La consigne est d’observer les formes pleines, lignes droites, courbes (comme on l’a déjà fait pour dessiner) et de chercher ensemble comment représenter ces formes par des mouvements ou des «immobilités » dans l’espace.
Après quelques minutes de recherches il est demandé aux différents groupes de proposer leur production.

kandinskyChaque groupe observe les autres à son tour.
Bien insister sur le fait que l’on « devient la forme ou le parcours », qu’on n’est plus un enfant seul mais qu’on construit ensemble ce projet.
On a le droit de s’inspirer des autres mais pas de copier…
Bonne perception des enfants et réajustement selon propositions (trop « dansé » ou trop « défilé de mode »)…

Séance 11

Reprise et poursuite du travail de recherche et de construction dans le préau…

Les enfants reforment les groupes

1 - Consigne :

Reprise des productions précédentes
Contrainte supplémentaire : Le tableau est « divisé en quatre parties », chaque groupe choisit une partie avec la consigne de trouver des mouvements ou « mobilités » et des déplacements et des « immobilités », formes statiques illustrant la partie du tableau choisie.

Nouvelle contrainte :Former un enchaînement de ces expressions (notion familière grâce au cycle gymnastique).

2 – Présenter sa production aux autres groupes
Rappel : ne pas parler, ne pas dire à l’autre ce qu’il doit faire, être à l’écoute quand il faut faire quelque chose en même temps, « voir et « entendre » en silence pour savoir quoi faire »…

Séance 12
(V) avec Cristina

Présentation du travail réalisé par les enfants des 5 groupes lors des 2 séances précédentes.
Désignation de la partie du tableau concernée par chaque production.
Belle qualité d’écoute et de réalisation.
Ces compositions étant ‘muettes’ on propose d’illustrer musicalement certains éléments par les groupes observateurs
- Après des recherches vocales, le groupe 1 évolue et les autres groupes produisent des sons choisis auparavant.

Exemple
Les 4 groupes observateurs accompagnent les 4 lignes formées par le premier groupe de 4 enfants : la première ligne en faisant brr et des sons dans ce style. La deuxième ligne est accompagnée d’un arpège, la 3ème d’un ho hisse, très rythmé et avec des gestes pour tirer, et la 4ème de mouvements de trombone, (glissades ascendantes et descendantes). Au fur et à mesure que les enfants qui font les lignes se lèvent, chaque groupe fait sa musique qui se superpose et continue pendant le petit train (qui est la fin de la recherche corporelle du premier groupe)

kandinsky kandinsky

- Le groupe suivant, constitué d’enfants ayant représenté le cercle de différentes façons (mobiles ou immobiles), occupe l’espace. Il y a trois représentations différentes des cercles en même temps.

kandinsky kandinsky

Les autres groupes illustrent en se balançant sur l’air d’une « berceuse » bouche fermée, berceuse qui est inventée au fur et à mesure par les enfants à partir d’une proposition chantée bouche fermée par Cristina. L’air de la berceuse est approximativement celui là, avec des variations des enfants qui se superposent. Cela donne un tissu sonore qui berce.

partition

Séance 13
(VI) avec Cristina

Mise en condition par un « échauffement » calme
Travail sur la berceuse : balancement en cercle en suivant la pulsation et en respectant gauche/droite.
Problème du « miroir » : étant en cercle, certains enfants imitent la personne située en face. Pour qu’ils prennent conscience de la latéralité, nous faisons la pendule à deux face à face pour fixer l’inverse.
Puis ils font des pendules sur place et en se déplaçant dans l’espace. Un enfant présente son trombone à ses camarades. (Il apprend le trombone en école de musique).
Reprise du travail des groupes 1 et 2 (cercles).
Travail d’illustration sonore d’un troisième groupe.
Les 4 lignes se déplacent parallèlement 2 par 2 avec des ½ tours en bout de parcours ou à ¾ du parcours de chaque couple. Les filles partent avant les garçons.
Recherche d’accompagnement sonore : les filles sont accompagnées par un groupe « frappés des mains » ; les garçons sont accompagnés par un groupe « frappés des pieds »

Séance 14
(VII) avec Cristina

Question aux enfants : « Comme on a tenté de « mettre en mouvement et en espace » le tableau, comment pourrait-on s’y prendre pour le « mettre en musique », comment le «lire»?
Les enfants proposent des sons…Expliciter et laisser les enfants proposer.

- Pour les « nuages », « volutes violacées » autour du tableau : murmures plus ou moins hauts ou bas (doux, fâchés) selon la couleur plus ou moins foncée.
- Pour la ligne ondulée : sirène en suivant la courbe et la durée du « trait ».
- Pour les lignes parallèles (horizontales, un peu de géométrie !) rappelant la portée musicale :

_____________ do un groupe tient la note
_____________ mi un groupe tient la note
_____________ sol un groupe tient la note
_____________ do un groupe tient la note

- Pour l’éclipse : gratter sur des tambourins, faire résonner les lames sonores

kandinsky kandinsky

Séance 15
(VIII) avec Cristina

Échauffement corporel : En cercle, secouer les extrémités, dessiner avec une extrémité, par exemple le nez, comme s’il y avait un pinceau au bout. Puis un enfant seul au centre fait un dessin avec son nez et va chercher un camarade qui enchaîne…
En demi-groupe, en se déplaçant, on dessine nez orienté vers le sol, puis des points, gros, petits…
Un autre demi-groupe dessine avec le bout des doigts comme si c’étaient des pinceaux : taches, points, cercles, et en sonorisant avec la voix

Le groupe entier dessine avec le coude seul d’abord puis à deux :
- Faire avec le coude des dessins autour d’un camarade en accompagnant d’un son
- Toujours avec le coude, par 2 répartis dans l’espace, faire un dessin « appuyé » dans le dos d’un camarade avec un son et le reproduire à 2 ensemble avec le même son.

- Grand groupe en cercle : Cristina, au centre du cercle, dessine avec une partie du corps en sonorisant vocalement en même temps et tout le groupe reproduit geste et son. Ensuite elle choisit quelqu’un et ainsi de suite.

Toujours le lien avec le tableau et les formes ou les lignes présentes.

Séance 16
(IX) avec Cristina

kandinsky Travail sur l’illustration sonore des déplacements en ligne des groupes restants

- L’arc immobile traversé par des lignes en faisceau, 6 enfants constituent l’arc immobile et 5 enfants traversent cet arc, accompagnés par une « sirène » montante et descendante. Pendant leur déplacement les enfants doivent régler leurs pas pour aller tous à la même vitesse, les sirènes doivent être au plus aigu à a fin du parcours. Il faut donc que tout le monde s’écoute et s’adapte (pas et sons)

- Les 4 lignes se déplacent simultanément dans une autre direction accompagnées par la même « sirène » montante et descendante.

- La ligne ondulée : déplacement dans des directions différentes accompagnés par des onomatopées, des chuintements, des mots en relation avec la ligne, le serpent, etc.…

Présentation du livre animé « 600 pastilles… » :
petite illustration sonore de l’éventail de première page…

Mercredi 05/03/09 Réunion Cristina/Emma

Projet d’organisation de la production/spectacle

3 tableaux :

1er tableau : formes immobiles dans le silence
- Cercles
- Lignes adjacentes parallèles et superposées
- TriangleLiaison

2ème tableau : formes mobiles, déplacements + illustration sonore (vocale)
- Groupe des lignes parallèles et « petit train »
- Cercles + berceuse
- Arc et lignes qui le traversent + sirène
- Ligne ondulée + chuintements, onomatopées, etc.…

Liaison

3ème tableau :
- Illustration sonore vocale et instrumentale du tableau avec les « on dirait qu’il y a » et éléments intéressants du parcours.

Trouver une fin

Envisager la projection du tableau en grand format sur écran.

Titre possible : « L’Art en bazar »

Séances suivantes

Le travail ensuite s’est orienté sur la mise en forme du « spectacle » en évitant de faire trop de répétitions qui lasseraient les enfants

kandinsky Nous avons travaillé les liaisons : un enfant se détache de son groupe et circule, court ou amorce un geste, un mouvement parmi les groupes, ce qui donne le signal pour enchaîner la scène suivante.

kandinsky Le spectacle commence avec tous les enfants installés immobiles et silencieux dans le noir. Un enfant se promène avec une torche électrique et illumine au fur et à mesure chaque forme.
Le tableau est projeté en fond de scène.
Peu à peu les groupes se mettent en mouvement, avec les accompagnements vocaux dont nous avons parlé plus haut.
Il a fallu s’organiser pour que chaque groupe trouve les divers emplacements, où aller après chaque déplacement, etc.
La fin est instrumentale, avec les illustrations sonores de la lune, etc. Cela s’enchaîne et finit par une superposition des motifs et un decrescendo.

Conclusion

Les enfants ont été toujours très motivés par le projet, créatifs et réagissant avec beaucoup d’enthousiasme.
Malgré la complexité des propositions, ils ont fait preuve d’une mémoire étonnante (probablement parce que les propositions émanaient d’eux-mêmes)
Et même s’ils n’ont jamais travaillé sur la grande scène du Forum Culturel, ils ont pu s’y adapter sans que le public remarque des hésitations.

Pour compléter le projet nous sommes allés voir l’exposition Kandinsky organisée, on pourrait dire, à notre intention, tellement elle est arrivée au bon moment !
Le comportement des enfants a été émouvant. Ils buvaient les paroles du guide, n’arrêtaient pas de lui poser des questions et de répondre à ses interrogations, montrant un remarquable sens de l’observation. A tel point que des gardiens nous ont dit qu’ils avaient rarement vu des enfants aussi concentrés et sages.(Et nous savons qu’il y a dans le groupe des sacrés numéros!)
Des enfants issus pour une grande partie de milieux n’ayant pas toujours accès à la culture et aux différents domaines artistiques parlaient de Kandinsky avec aisance et intérêt. Et que dire quand ils ont vu, enfin, le fameux tableau tant travaillé !!! Notre tableau !!Ce fut une belle expérience, qui a pu être menée à bon port grâce à la complicité de l’enseignante et de l’intervenante, qui ont travaillé la main dans
la main !

 

Le témoignage d’Elizabeth Queret
stagiaire de la Formation d’animateurs en éveil musical de l’Adem

(extrait de son rapport d’observation)

Mon second lieu d’observation fut une classe de CE1 d’une école de Blanc-Mesnil (93). Cet établissement est situé au cœur d’une cité et accueille des enfants d’origine et de culture diverses. (Inde, Pakistan, Afrique noire, Afrique du nord etc.….)
Dans l’enceinte de cette école se trouvent deux salles constituant en fait une annexe du conservatoire de Blanc-Mesnil, celui-ci se trouvant dans un autre endroit de la ville. Cela permet aux enfants issus d’un quartier dit sensible d’avoir accès plus facilement à la musique.
C’est dans une de ces salles que ce jour là, le mardi 17 mars, Cristina est intervenue auprès de la classe citée plus haut. (De 14h30 à 15h30).

23 enfants de 7-8 ans sont arrivés dans la salle dans laquelle nous nous trouvions l’animatrice et moi, accompagnés de leur institutrice, Mme Emma Benlaïdi et d’une aide maternelle. Ce jour là, Joseph, un nouvel élève de la classe participait pour la 1ère fois à une séance d‘éveil musical avec Cristina. Tous ces enfants explorent depuis quelques mois déjà lors de ces séances hebdomadaires ce tableau de Kandinsky appelé: « Jaune, rouge, bleu ».
Cette exploration est relayée par leur institutrice qui, en dehors des interventions de Cristina, propose à sa classe un travail sur les couleurs et les formes présentes dans l’œuvre dont il est question ici. (Un exemple: comment représenter les différentes formes avec son corps). Cela permet une continuité avec les séances d’éveil musical proprement dites de Cristina, ce qui me semble très intéressant.

Avant ce jour du 17 mars, plusieurs séances avaient donc été consacrées à la découverte et l’observation par les enfants du tableau de Kandinsky,
Le but étant de trouver de quelle façon illustrer l’œuvre d’art musicalement.
Cristina leur a demandé à quoi leur faisaient penser les différents éléments du tableau avec cette phrase: «on dirait qu’il y a ». Des tas d’idées ont fusé. Quatre d’entre elles ont été retenues:

-la lune
-le serpent
-le chat
-le drapeau

Il restait alors à déterminer par quel instrument représenter chaque élément choisi.
Après concertation collective il fut décidé d’illustrer musicalement:

- la lune par un « chandelier Baschet » (instrument composé de lames métalliques posées sur un socle), -Les serpents par des tuyaux harmoniques,
-Les chats par des tambourins et des güiros et
-les drapeaux par des crécelles.

Une fois ceci déterminé, Cristina a demandé à la classe de se répartir en quatre groupes
selon l’élément choisi: la lune, donc, les serpents, les chats et les drapeaux.

Chaque groupe fut formé de 5,6 enfants (sauf pour la lune où il n’y eut que 3 enfants, le «chandelier de Baschet » ne permettant pas à plus d’enfants de jouer dessus).

DEROULEMENT DE LA SEANCE:

Après leur arrivée, Cristina a demandé aux enfants de s’installer en rond. Puis elle leur a proposé tout d’abord le jeu: «On dirait qu’il y a ». Elle les a sollicités pour dire cette phrase de différentes façons, avec diverses intonations, en sautant et en occupant tout l’espace. Cristina pris un tambourin et les enfants devaient, quand elle en jouait, s’arrêter de parler et de bouger, gardant la même position qu’avant « le coup de tambourin », tels des statues.
Ce jeu a duré quelque temps, la classe l’ayant recommencé plusieurs fois à la demande de Cristina. Celle-ci les a incités à trouver de nouvelles façons de dire la phrase: en ayant peur, en étant triste, en colère, heureux etc.…
Puis l’animatrice a invité la classe à se répartir en quatre groupes selon l’élément du tableau qu’ils avaient choisi. Après quelques hésitations (des enfants ne se souvenant plus à quel groupe ils appartenaient), la mise en place fut faite.
Joseph, le nouvel élève, s’est intégré au groupe des chats. Cristina a alors demandé aux
enfants de chaque groupe de se rappeler de quel instrument ils devaient jouer et ce qu’ils devaient faire avec celui-ci. (Ceci ayant été décidé collectivement lors d’une séance précédente). Une fois que tous les enfants se sont souvenus de cela, Cristina a alors distribué les instruments:
-le chandelier pour la lune,
-les crécelles pour les drapeaux,
-les tuyaux harmoniques pour les serpents
-les tambourins et güiros pour les chats.
Elle leur a ensuite demandé de jouer de leur instrument
L’un après l’autre, chaque groupe s’exécute. Cristina leur propose alors de jouer tous ensemble et les fait s’arrêter petit à petit, d’un geste de la main.

LES OBJECTIFS:

-Le 1er objectif me semble être la découverte d’un tableau et d’un peintre (les enfants ont sans doute rarement l’occasion d’aller dans des musées ou dans des expos), en sachant qu’il s’agit d’art abstrait dont Vassili Kandinsky (1866-1944) fut un des grands initiateurs. Cette découverte permet de remarquer les divers graphismes, formes, couleurs de l’œuvre d’art.
-le 2ème objectif est, je pense, de faire le lien entre deux arts: la musique et la peinture, lien pas facile à établir au premier abord.
- Un autre objectif de cette séance est d’avoir permis aux enfants de s’exprimer par leur corps (en sautant par exemple) tout en les aidant à « maîtriser » celui-ci (savoir s’arrêter immédiatement et en même temps que les autres sans perdre l’équilibre et parvenir à rester dans la même position sans tomber!).
Ils ont pu également s’exprimer par leur visage, avec leur voix en trouvant différentes expressions et intonations sur la phrase: « On dirait qu’il y a ».
Ce jeu les a invités particulièrement à inventer des « choses » nouvelles à chaque fois.
- les enfants ont pu, explorer les instruments après les avoir découverts, trouver différents rythmes, nuances, sons, façons de s’en servir.
-Ils ont également appris à jouer tous ensemble dans le but d’un projet commun. En effet, un spectacle est prévu à la fin de l’année scolaire dont la trame sera tout ce travail sur le tableau de Kandinsky. Jouer ensemble implique de savoir s’écouter les uns les autres pour commencer et finir en même temps par exemple, et ce sans se « chamailler » ni « chahuter ». Cela fait partie de l’apprentissage de la socialisation.

LES CONSIGNES:

Elles ont été décrites pour la plupart précédemment lors de la description du déroulement de la séance:
Il y eut donc d’abord le jeu: « on dirait qu’il y a », que les enfants connaissaient déjà. Cristina intervenait parfois pour donner quelques idées ou leur demander de changer un peu leur façon de faire (ils avaient tendance à s’inspirer de ce que faisait le « copain » avant d’essayer de trouver quelque chose de nouveau).
L’intervention de l’institutrice consistait plus à éviter les « débordements » (chahuts, fous rires, chamailleries).
Après le jeu, il fallut mettre en place les différents groupes, aider les enfants à se rappeler quel groupe ils avaient choisi, quels instruments illustraient tel ou tel élément du tableau et ensuite ce que chaque groupe avait décidé de faire avec son instrument. Cristina a eu alors le rôle de chef d’orchestre, faisant partir ou arrêter les quatre « équipes », invitant parfois les enfants à varier leur manière d’utiliser leur instrument ainsi que les nuances, les rythmes etc.…..

COMPORTEMENT DU GROUPE:

1:Comportement lié aux propositions musicales:

Durant cette séance, le groupe s’est montré actif et participant (les enfants travaillaient déjà depuis plusieurs mois sur le projet et connaissaient quelques consignes).
Il y eu quelques fous rires, quelques disputes entre enfants, des moments ou certains écoutaient moins les consignes mais après avoir un peu cherché à s’imiter les uns les autres, ils se montrés inventifs, trouvant diverses manières de « déclamer » la fameuse phrase: « on dirait qu’il y a ». Quelques enfants ont eu un peu de mal à s’arrêter immédiatement au son du tambourin, mais en le refaisant et en se concentrant davantage, il y sont parvenus.
Ils semblaient intéressés par ce projet et aucun n’a rechigné à faire ce qui lui était demandé. Lors de la mise en place des groupes, après un moment de « flottement », le temps que tout le monde retrouve sa place, ils se sont pris au jeu et ont particulièrement apprécié lorsque Cristina leur a distribué les instruments.
-Dans le groupe jouant sur le chandelier Baschet (représentant la lune), les enfants avaient tendance à jouer beaucoup sur l’instrument, ne le laissant pas résonner. Cristina le leur a fait remarquer et ils ont rectifié leur façon de jouer.
Deux des enfants ont joué doucement laissant sonner joliment les lames.
Le troisième, spontanément, a commencé à faire une sorte de basse continue bien en rythme. (Il s’agissait d’un enfant un peu « turbulent » qui s’était fait disputer auparavant). L’ensemble était harmonieux et très agréable à entendre.
- « chez les serpents », les enfants ont tout de suite voulu tourner leur tuyau harmonique. Cristina leur a fait remarquer là encore qu’il pouvait y avoir d’autres façons d’utiliser cet instrument. Alors certains se sont mis à souffler dedans, à les gratter, à les faire ramper sur le sol, à tourner seulement la moitié du tuyau.
Une petite fille semblait avoir un peu peur de son instrument et n’osait pas trop en jouer. Après quelques explorations et tâtonnements, les enfants ont émis des jolis sons très doux.
-Pour imiter les chats, chaque enfant de ce groupe a gratté un tambourin ou un güiro, imitant alors les griffes du chat. Un petit garçon a trouvé spontanément différents rythmes à faire sur son güiro. On imaginait alors bien un chat en train de « faire ses griffes ».
-Et enfin, le « groupe des drapeaux » a choisi la crécelle. Chacun s’est mis à tourner son instrument. Joseph, le nouvel arrivant, a d’abord regardé ce que faisaient les autres puis il est parvenu rapidement à faire la même chose qu’eux.
Le rythme commun avait été préalablement décidé et était à peu près celui-ci:
Une noire, deux croches. Le son était un peu plus fort que dans les autres groupes
(mais c’est la crécelle qui veut ça) et le rythme était homogène. Lorsqu’ils ont joué tous ensemble, il a fallu apprendre à démarrer et à s’arrêter en même temps ce qui n’est pas évident avec un tel instrument, mais ils ont réussi rapidement à trouver un même tempo.
D’une règle générale, il y eut une bonne participation, les consignes furent respectées
Malgré parfois quelques moments de déconcentration ce qui semble naturel venant d’enfants de cet age, personne n’a refusé de manipuler les instruments.
Les enfants ont posé beaucoup de questions, demandant des précisions sur les consignes par exemple, et parlaient parfois entre eux. 2: Interactions adultes -enfants: Les adultes, Cristina et Mme Benlaïdi (l’institutrice), sont intervenus, Cristina pour donner les consignes et la maîtresse pour « recadrer » si besoin les enfants. De mon coté, j’ai plus eu un rôle d’observatrice (attentive néanmoins), prenant des notes! L’aide maternelle a eu ce même rôle comme cela a été dit précédemment. Cristina et Mme Benlaïdi ont participé avec les enfants, les accompagnant dans leurs découvertes et créations. Les enfants étaient réceptifs aux consignes, s’intéressant visiblement à ce projet de spectacle, sollicitant l’adulte pour plus de renseignements.

Bonne entente entre les enfants, dans l’ensemble,
Complicité pour des fous rires, quelques « chamailleries » mais tous se sont retrouvés pour faire de la musique ensemble, les uns complémentaires des autres lorsqu’il s’agissait de proposer des nouveaux rythmes ou bien des nouveaux tempi.
Il y avait alors une belle osmose entre tous.

4: Interactions entre adultes:

Il y eut davantage de relations entre l’animatrice et la maîtresse qui travaillent ensemble depuis quelque temps maintenant.
L’une et l’autre se sont beaucoup investies pour mener à bien ce beau projet qu’est le futur spectacle prévu au mois de juin prochain. L’aide maternelle et moi ne sommes pas intervenues oralement.

CONCLUSIONS :

Cette séance fut un moment riche en découvertes, inventions, au sein d’un groupe d’enfants bien vivants visiblement heureux d’être là ensemble.
Si au départ les enfants étaient plus dans l’imitation, les enfants de cet age aimant bien, il me semble, « faire comme le copain », après l’invitation de Cristina à trouver d’autres choses, ils se montraient alors très inventifs. L’exploration de leurs instruments était faite avec beaucoup de recherche. Ils jouaient ensemble, chaque groupe respectant les consignes propres a lui. Il y avait de la part des enfants une volonté de produire une œuvre commune, chaque musicien étant important dans la construction de cette production sonore. Lorsque Ryan qui jouait sur le chandelier Baschet a créé un rythme régulier pendant que les deux autres enfants de son groupe continuaient à jouer un air mélodique, nous avons assisté véritablement à une certaine création, à la mise en place d’un morceau de musique très agréable à écouter. Leur « instit. » s’est prise au jeu de cette « expérience » avec enthousiasme et dynamisme, complétant par son travail celui de Cristina. J’ai trouvé très intéressante cette idée d’associer la musique et la peinture, de permettre à ces enfants d’un quartier dit sensible d’avoir accès à l’art (la visite de l’expo à Paris sur Kandinsky prévue prochainement participe à cette démarche).
Le rôle de leur institutrice a été à mon avis essentiel au bon déroulement et à l’aboutissement de ce projet monté avec Cristina.

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