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RENCONTRE AVEC ALAIN SCHNEIDER

Par Véronique Szteinsnaider

Alain Schneider a sorti son premier cd « Plus loin que le bout de ton nez » en 2002.
Son 4ème album, « La rue est à tout le monde » est paru fin 2008.
Il est devenu en peu de temps une figure incontournable de la chanson dite « pour enfant ».
Cela nous a donné envie d’aller à sa rencontre.

J’ai découvert un homme chaleureux, passionné par son art, qui n’applique certes pas de recette pour composer ses chansons, mais les mitonne avec amour.

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Comment es-tu venu à la chanson « pour enfant » ?

J’étais compositeur arrangeur, je faisais des musiques de documentaires, de films institutionnels.
Parallèlement, j’inventais des chansons pour mes filles. Des amis m’ont encouragé à en faire un disque.
J’ai rencontré plusieurs labels et Universal m’a proposé un contrat, que j’ai mis un an à signer d’ailleurs. J’étais un peu effrayé ! Et depuis, j’ai fait quatre albums !

Ce qui est frappant lorsqu’on écoute tes chansons, c’est qu’elles plaisent autant aux enfants qu’aux adultes. Comment l’expliques-tu ?

Au début je me demandais pourquoi, je crois que la réponse est toute simple : je ne fais jamais une chanson en me disant «pour des enfants, ça ira bien ! » 
Il faut qu’elle me plaise à moi, que j’ai envie de la chanter.
Alors je ne dis pas forcément que ça va plaire à tout le monde, mais si c’est une vraie chanson et bien, ça peut plaire aux parents aussi ...
Dans les chansons enfantines, il est souvent proposé des mélodies simplistes et ça marche. Mais on peut faire écouter des choses plus complexes aux enfants d’aujourd’hui. Ils sont surprenants !
Si tu prends une mélodie élaborée et que tu demandes à un adulte de la chanter, il reproduira quatre notes et demi.
Alors qu’un enfant va la restituer en entier, parce qu’il n’a pas les problèmes de formatage et de stress de l’adulte !
Pour les mots, c’est pareil ! Même si l’enfant ne les comprend pas tout de suite, s’ils sonnent, il aura envie de se les approprier ! Le sens viendra après !
Le pari c’est de réussir à faire sonner le français, tout en donnant du sens. Quand tu as les deux, c’est gagné !

En effet, par exemple si je prends ta chanson « La java des squelettes » (album « Midi à 14 heures ») et la fais écouter à des enfants de maternelle, ils n’en comprendront pas forcément le sens au départ, mais ça les fait rire !
C’est comme des formules magiques que tu chantes !

Exactement ! Tu ne crois pas si bien dire, je pense tout le temps à « Supercalifragilistic expialidocious » la chanson dans Mary Poppins quand je chante ma chanson.
Ça m’a toujours plu le nom des os.
Je me rappelle quand j’étais môme : « Radius ! cubitus ! métacarpe ! os iliaque ! », Une vraie formule magique, si tu la fais sonner cela devient drôle.
Même si c’est un peu difficile !
C’est ça l’idée : les mots, il faut avoir du plaisir à les mettre en bouche, les croquer, les grignoter... Et en même temps, il faut que je rigole aussi : la java c’est quand même une des rares danses où le cavalier peut mettre ses mains sur les fesses de la fille !
Donc je me construis des petites histoires subliminales. J’imagine une squelette me demander « met tes métacarpes sur mes os iliaques », ça me fait rire !
Le secret est peut-être là aussi : se faire rire soi-même. Enfin, je ne sais pas si c’est vraiment ça, parce que si j’avais trouvé le secret d’une bonne chanson, je la ferais à chaque fois. Mais je pense que c’est une espèce de mélange, une adéquation entre le son, le sens, le texte, la mélodie.

Tu commences par écrire tes textes ou composer tes musiques ?

C’est rare que je parte d’une musique.
Alors que, c’est marrant, je suis compositeur arrangeur à la base !
Mais je pars toujours d’une idée, ou d’un groupe de mots, qui induisent une mélodie, une musique, des couleurs d’arrangements.
J’aime moins l’exercice qui consiste à faire entrer des mots dans une mélodie déjà créée… C’est comme quand il faut que tu rentres ton pied dans une chaussure souvent trop petite…avec un chausse-pied.
L’idée conditionne des mots, ces mots d’autres mots, qui vont conditionner un rythme, une cadence, un tempo. Oui, il y a toujours un rythme à l’intérieur des mots.

Peux-tu me donner un exemple ?

C’est vrai que quand je fais des ateliers d’écriture de chanson avec des classes - je fait de temps en temps des ateliers d’écriture, j’adore ça –, j’insiste souvent : écoutez bien les mots, le rythme est dedans !
Les mots ne sont pas nés par hasard, enfin ils ne sont pas arrivés comme ça !
Par exemple « crier »: on entend dedans que ce n'est pas chuchoter !
Et « chuchoter » : le chuchotement est déjà dedans, c’est du « chhh » !

Comment choisis-tu le style musical de tes chansons ?

Je ne me dis jamais « ah, je vais faire un petit jazz, une petite biguine, ou un reggae ! » C’est toujours le thème qui induit les arrangements, les couleurs, les vêtements de la chanson.
Par exemple quand on part en tournée - on est allé au Bénin, au Togo, au Liban, et peut être prochainement en Mauritanie- j’aime bien inviter un ou deux musiciens du pays pour qu’ils viennent jouer avec nous, pour ré habiller les chansons différemment.
C’est comme une poupée, tu lui enfiles un manteau s’il pleut, tu lui mets un chapeau s’il fait soleil. Quand la chanson est bonne, tu peux lui faire porter beaucoup d’habits différents.
Mais c’est vrai que les idées d’arrangement qui me viennent au départ, de façon naturelle, c’est toujours en fonction du thème. Il m’arrive parfois d’être surpris par les idées de Lauri (Lauri Prado est l’arrangeur super talentueux de tous mes albums)
Par exemple, dans ma chanson « La rue est à tout le monde », c’était important que ce soit un mélange de choses …gaies, un peu swing, c’est un peu reggae aussi. Il y a des percussions, des clarinettes, des violons, la voix de Rokia Traoré.
J’avais envie de ça !
J’aime ce qui est swing manouche, bossa, jazz, pop, classique, reggae, tout quoi ! la Musique !

Tu travailles toujours avec Lauri Prado. Comment cela se passe-t-il ?

Quand j’ai terminé l’écriture du texte et de la musique, je lui enregistre la chanson en entier « guitare-voix ou piano-voix » avec breaks, mélodie, accords.
Après on parle ensemble des arrangements, ensuite il commence à travailler dans son studio, et me propose des choses.
On travaille super bien ensemble ! Il fait un travail remarquable.

Sur ton dernier album, il y a un duo avec la chanteuse Rokia Traoré
(album « Chocolat, caramel »), comment t’es venu l’idée de travailler avec elle ?

Nous avions la même attachée de presse, une femme adorable qui aime mettre les artistes en contact. Elle avait proposé à Rokia de venir me voir à l’Olympia, le spectacle lui avait beaucoup plu.
De mon côté, j’adore Rokia depuis longtemps, et je me disais : un jour, il faut que j’écrive une chanson, que nous pourrions chanter ensemble !
Et puis j’ai gardé ça dans un coin de ma tête. Quand j’ai écrit une chanson pour mon petit-fils, qui …est métis, je me suis dit « j’aimerais bien la faire en duo avec Rokia ». Après avoir écouté la chanson, elle a dit oui tout de suite.
Elle est arrivée en studio et elle avait tout travaillé, elle me proposait des deuxièmes voix, des troisièmes voix.
C’est juste une petite chanson dans l’album, et elle a pris ça très au sérieux ! J’ai été bluffé et honoré. Je trouve ça vraiment élégant de la part de cette grande chanteuse.

Quels sont tes projets ?

Partir en tournée avec mon nouvel album.
J’aimerais bien aussi faire un clip avec ma nouvelle chanson « La rue est à tout le monde ».
Je suis parti en me disant : voilà, j’ai envie d’une rue idéale, et elle existe, parce que, par exemple, un ami percussionniste habite vers la goutte d’or, et à chaque fois que j’y vais c’est tellement coloré, les gens sont sympas, ils se rencontrent, vivent bien ensemble. Il y a des gens qui se disent bonjour du bout des doigts, il y a des grosses poignées de main.
Et, sur fond de poignées de main toutes différentes, du monde entier, avec des travellings, des plans séquences, il y a un clip à faire génial !

Qu’as-tu envie de proposer sur ton prochain album ?

Sur le prochain, j’aimerais bien avoir, une équipe, et faire un album de A jusqu’à Z : jouer, répéter avant, un peu comme un Cabrel fait un album.
Puisqu’il y a des barrières en permanence …
Tu sais qu’en tant que « chanteur pour enfant », on n’entre pas dans les grilles de programmation radio, ni télé !
Je ne sais pas à quoi ils pensent, de toute façon ils n’ont pas le temps.
Ils ne sont pas intéressés parce que tout simplement ils n’écoutent pas, et puis ils doivent se dire que c’est encore un truc avec lapin géant et citrouille !
Alors, pour le prochain album … (rires)…Si tous ces messieurs de la cour du P.A.F ne daignent pas se préoccuper de la chanson pour la jeunesse qui plait aux grands,
je vais peut-être essayer de faire un album pour grands qui plaise aux petits !

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Blog : toutrebarbouiller.com/

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ALBUMS :

Universal/ULM :

Plus loin que le bout de ton nez (4 clés Télérama)
Midi à 14 heures (talent RTL)
Entre le zist et le zest (Grand prix du disque Adami jeune public Mino 2008)
La rue est à tout le monde (coup de Coeur chorus)

QUELQUES LIVRES CD :

Gallimard :

Mon arbre à chanson
Des rondes et des étoiles

Editons Milan

Monstres à tue –tête
Mes petits moments
Les chansons caméléon

Actes Sud junior :

Mathilde et les petits papiers
Comptine pour doigts et menottes

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